Archive pour Fait de société

Tutelle donné à mon grand-père en cas d’inceste de mon père!!!

Posted in Uncategorized with tags , on 18 février 2012 by brigitha48

Tutelle donné à mon grand-père en cas d'inceste de mon père!!!

Tutelle donnée à mon grand-père, qui était complétement manipulé par ma mère !!!

Lorsque le cas est porté devant la justice est-il possible qu’actuellement encore on s’en remette à la chambre pupillaire communale pour nommer un tuteur, « proche de la famille » ???

Certes il est déplorable que pour le cas d’inceste, on nomme comme tuteur un membre de la famille qui aura tendance à vouloir couvrir l’affaire en la minimisant.

Laissant la garde à une mère complice de son mari, en sachant qu’il y a encore sept petits-enfants à la maison ????

Personnellement, je trouve cela scandaleux et inadmissible.

Brigitha Balet

ETRANGES AGISSEMENTS

Posted in Uncategorized with tags , on 17 février 2012 by brigitha48

ETRANGES AGISSEMENTS

L’invraisemblable mystère de cette affaire me rendit très soupçonneuse. Un avocat, ami de ma fille, m’apprit que les archives d’un jugement devaient être conservées cent ans. Et surtout que la victime était en droit absolu de les consulter à tout instant.

Consterné par l’étrangeté de cette histoire, cet homme me proposa son aide à titre bénévole, par courrier daté du 22 mai 2006. Début juin, il reçut ma visite et ma procuration pour diligenter la recherche.

Dès juillet 2006, il entreprit les démarches nécessaires pour que je puisse enfin accéder à la totalité de mon dossier. Dossier qui devait être dûment archivé…
Il me transmit, en date du 23 août, la réponse d’un élu au Conseil d’Etat : « Nous comprenons les motivations de votre cliente. En effet, les personnes ayant été victimes dans leur jeune âge de délits doivent pouvoir disposer des informations leur permettant de surmonter ces épreuves pénibles,
afin de faire le deuil ».

J’appelai sans tarder le tribunal. Je voulais parler au responsable. Une employée insista pour connaître le motif de mon appel. Je dus le lui expliquer.

Le responsable, selon elle, ignorait ce dossier.
Enfin, elle me mit en contact avec la personne qui était censée être la plus à même de me renseigner. Avec stupéfaction, je reconnus la femme qui m’avait donné le dossier épuré lors de ma deuxième consultation.

C’est avec sécheresse qu’elle me fit remarquer qu’à deux reprises déjà j’avais consulté les documents.
Je lui fis part de mes observations. Celles d’avoir eu en main un dossier allégé, qui ne contenait pas, à l’évidence, tous les documents qui s’y trouvaient lors de ma première visite. Elle riposta : « Madame, vous nous accusez d’avoir fait disparaître des pièces de votre dossier, quel serait notre intérêt » ? Je lui dis que c’était un simple constat sans accusation. Où aurait été mon intérêt de mentir ?

Cette dame qui ne connaissait rien de mes tourments, comment pouvait-elle me parler si durement ?

Elle s’étonna que je ne lui eusse pas signalé plus tôt les pièces manquantes. Et me reprocha d’avoir laissé couler trop de temps avant de réagir.

Elle finit par ajouter qu’elle était trop occupée pour partir à la recherche de ces dossiers.
J’insistai, en lui proposant de la payer pour ses services. Elle réagit très mal. A ce qu’elle affirma, son travail consistait à être au service du citoyen. Je ne pus m’adresser au responsable du tribunal.
Cet entretien téléphonique m’affecta plus que je ne saurais le dire.

C’est une amie qui, quelques jours plus tard, parvint à joindre directement le responsable du tribunal.
Il se montra compatissant et très coopératif.
Il accepta de me recevoir pour un entretien informel, en présence de son employée, en sepempre.
J’appelai également le service cantonal de la jeunesse. Je possédais un document émanant de la responsable du service social des PTT du 6 janvier 1966, adressé au département de l’intérieur, service de la chambre pupillaire. Je lui exprimai mon vif étonnement quant à l’absence de tout dossier me concernant. Il me répondit qu’il se trouvait sans doute dans un autre bureau…

Le jour arriva où je rencontrai enfin le responsable du tribunal. Je m’y rendis escortée par mon mari et ma fidèle amie. Je lui fis entendre qu’il était vital pour ma santé mentale et afin de retrouver ma sérénité, que je puisse enfin trouver les réponses que je cherchais. Selon lui toutes les pièces existantes se trouvaient dans le présent dossier. Ajoutant que quelques rares dossiers pouvaient être allégés pour préserver les victimes, mais pas dans mon cas.

Quelle étrange façon d’agir, alors que les victimes qui font ces démarches ont justement besoin de connaître toute la vérité !

Je persistai dans ma déclaration. Persuadée que le dossier était incomplet.
Il mit ensuite en doute l’objectivité de mes croyances. A l’évidence de profondes perturbations psychologiques auraient pu altérer mon sens de la réalité, ce fameux jour de visite. Et me faire imaginer un dossier plus imposant qu’il ne l’était.

Il refusa d’entendre mon amie, témoin des événements. Elle qui se trouvait pourtant dans la salle d’attente avec mon mari. A la fin de l’entretien, il demanda même la permission de prendre contact avec mon psychiatre, ce que j’acceptai sans condition.

Je me posai enfin quelques questions :
 Est-ce qu’un « employé responsable » du Tribunal est autorisé à me faire une allusion sur mon état de santé (mentale ou autre) ?
 Peut-il à la fois fonctionner en tant que psychiatre et employé responsable ?

Durant mon parcours professionnel de trente années, je peux affirmer avoir consulté nombre de dossiers. J’avais l’habitude de numéroter de la même façon toutes les pièces comptables. Et me tromper à ce point me paraissait inconcevable.

Depuis cette funeste journée au Tribunal, je compris que j’étais vraiment atteinte mentalement et que ma rente d’invalide était justifiée ! Je devins incapable de déceler le vrai du faux.

Jusqu’où ma folie m’enfoncerait-elle ?

Qui pourrait encore me faire confiance sur le plan professionnel ? Il me fallait bien admettre, faute de preuves, qu’ils avaient raison. Un haut responsable dit toujours la vérité. Et moi, pauvre malade, une fabulatrice et sans doute pire encore !

J’espère ardemment qu’un jour je puisse, malgré mes égarements, retrouver une juste appréhension des réalités. Peut-être amener la preuve de la partialité de la justice et de l’incommensurable incompétence de certaines autorités. Pour ma paix ainsi que celle de toutes les autres victimes.

Brigitha Balet

La justice, droit fondamental pour tous, ainsi que la liberté, sont les deux joyaux sans lesquels il n’y a pas de vie digne possible dans ce bas monde. On ne peut le savoir que lorsque l’on a soi-même subi l’injustice.

RECHERCHES ET DÉSILLUSIONS…

Posted in Uncategorized with tags , on 17 février 2012 by brigitha48

RECHERCHES ET DÉSILLUSIONS…

J’éprouve une grande colère envers la chambre pupillaire, les œuvres sociales, la justice et la société tout entière, qui ont fait preuve d’un pareil laxisme, d’une si rare incompétence.

Certains fonctionnaires m’assurèrent qu’il n’était pas en mon pouvoir de changer le cours de l’histoire. Ils me dirent encore, qu’aujourd’hui, les cas sont traités avec davantage de sérieux. Je ne crus pas un seul mot de ces vertueux discours. Et je n’y crois toujours pas.

Combien de femmes se taisent aujourd’hui.
De peur de dénoncer ces criminels qui, le plus souvent, font partie de leur quotidien. Elles craignent de s’en remettre à une justice, en laquelle elles n’ont pas confiance.

Personnellement, je n’avais plus rien à perdre. J’entrepris de recommencer les recherches que j’avais abandonnées à l’époque. Le rapport médical de la doctoresse de l’hôpital cantonal de Soleure était particulièrement capital car il prouverait à ma famille la monstruosité de ma mère.

Ses invraisemblables mensonges. J’espérais de tout mon cœur que ces preuves répondraient enfin à mes interrogations. Qu’elles rassembleraient petit à petit toutes les pièces du puzzle. Peu m’importait finalement de devenir mon propre bourreau si, au bout de ma quête, je retrouvais une forme de sérénité.
Un semblant de paix. J’étais prête à entamer le parcours du combattant.

Je démarrai mes premières recherches entre 2003
et 2004.
A cette époque, j’adressai une demande écrite au Tribunal d’arrondissement pour avoir accès à mon dossier. On me répondit favorablement par téléphone, sans même se donner la peine d’une confirmation écrite.

Ce que je jugeai très peu professionnel.

Quelques jours plus tard, je me rendis au Tribunal d’arrondissement où un dossier conséquent me fut remis. Je cherchai en priorité ce « fameux rapport médical ». Mais je ne trouvai rien. J’avais le droit de consulter le dossier et de prendre des notes sur place. En le parcourant, j’appris les affabulations démentes de ma mère. Et réalisai le machiavélisme avec lequel elle avait manipulé son monde.

Le dossier faisait état de sa déposition à un employé du tribunal, qui stipule ceci : « D’après ce que sa mère me dit, cette fillette serait mentalement dépravée et raconterait sans honte à sa mère les pires horreurs ». L’employé responsable a écrit au service médico-pédagogique valaisan :
« Comme il s’agit d’une famille nombreuse et qu’elle risque de contaminer les autres enfants, il me paraît urgent d’aller voir ce qu’il en est, afin de décider s’il est nécessaire de placer la fille dans un établissement ou dans une famille de confiance. Veuillez par la même occasion interroger la fillette sur les circonstances des abus et lui faire décrire la façon dont se sont produits ces attentats ».

Pourquoi la justice n’avait-elle pas pris le temps de m’interroger hors de la présence de ma mère qui me paralysait et m’empêchait de parler ?

Comment des professionnels avaient-ils pu banaliser un cas si lourd et ne pas comprendre le rôle méprisable de ma génitrice ?

Je lus un extrait du rapport psychiatrique sur mon père, où il était écrit que :

« Il nous dit avoir souvent été obsédé par la crainte qu’un jour il pourrait s’attaquer à l’une de ses filles. Cela le rendait d’humeur sombre, il ne trouvait aucune joie à s’occuper d’elles et les fuyait même parfois.
Il considère ses actes et leurs conséquences comme une épreuve qui lui a été imposée, et fait des efforts pour surmonter sa réaction dépressive.

Il se déclare fermement décidé à ne plus jamais recommencer, mais ses bonnes intentions ne sont pas, à elles seules, une garantie suffisante.
En effet, on ne peut pas être absolument sûr que, dans des circonstances analogues, ses pulsions ne s’avèrent pas plus fortes que ses défenses.

Il s’agit d’un homme qui, sans présenter d’altération notable de sa santé, est physiquement asthénique et fatigable. Nous n’avons constaté chez lui aucun signe de maladie mentale. Par contre, il apparaît clairement qu’il est une nature aux fortes tendances dépressives ».

Après une heure de lecture, je me sentis anéantie. Détruite. Je quittai le tribunal, chancelante.

Il me fallut du temps pour digérer les horreurs contenues dans ce rapport. Je dus attendre presque deux ans avant de pouvoir entreprendre de nouvelles démarches.

A la fin de l’année 2005, je m’adressai à la direction des œuvres sociales de Berne. Tout mon dossier avait été transféré à la chambre pupillaire du Valais.
Je téléphonai ensuite à la LAVI de Berne, afin de savoir comment procéder pour obtenir des renseignements concernant mon séjour à l’institut.

L’assistante sociale me proposa aimablement de contacter une juriste de Soleure collaborant avec eux. Cette dame effectua différentes recherches à l’institut. Le directeur de l’institut prétendit qu’il n’existait plus de vieux dossiers dans la maison.
La présidente actuelle de la fondation lui recommanda de se renseigner auprès du caissier en fonction depuis 1981.

Ce dernier expliqua que cet institut avait changé de statut depuis cette date et qu’aucun dossier n’avait été archivé au préalable. La juriste s’adressa alors aux archives cantonales de Soleure, sans plus de résultats. Il lui paraissait superflu de contacter l’ancien président de la fondation. Je reçus le résultat de ses recherches le 25 janvier 2006.

J’appelai la juriste, afin de la remercier et j’en profitai pour lui exprimer mon étonnement concernant la disparition de ces dossiers. Elle m’expliqua qu’en tant que fondation privée, le conseil d’administration avait tout intérêt à faire disparaître les dossiers les plus « délicats ».

En parallèle, je réitérai ma demande au Tribunal.
Je reçus bientôt un appel téléphonique du secrétariat, me demandant le numéro du dossier, car le nom de la personne jugée, en l’occurrence mon père, leur était inconnu. Je répondis que je ne connaissais pas ce numéro. J’ajoutai qu’ayant déjà sollicité leur collaboration auparavant pour la même affaire, j’étais persuadée que ma première demande écrite se trouvait chez eux.
Enfin, une employée m’informa qu’ils avaient trouvé le dossier, mal classé selon eux !

J’obtins l’autorisation de consulter mon dossier et de faire certaines photocopies. Accompagnée d’une amie, je me rendis au Tribunal où des documents me furent remis.

A mon grand étonnement, le dossier n’était plus aussi épais que lors de ma première visite. Il ne contenait plus la totalité des documents consultés deux ans auparavant. J’exprimai à mon amie ma stupeur et mon indignation. A la lecture de ce « petit » dossier, elle pleura, ne parvenant pas à croire que j’avais survécu à de pareilles horreurs.

Sur le moment, je n’eus pas la présence d’esprit de demander des explications au Tribunal. L’indignation était trop forte. La douleur aussi.

Après la colère, les interrogations. Quel était le sens ou les véritables raisons de cette « mystérieuse disparition » ? Pourquoi une partie de mon dossier s’était volatilisé, alors qu’il y avait prescription depuis longtemps ?

A quelques jours d’intervalle, j’adressai par téléphone ma requête à la chambre pupillaire afin d’obtenir l’autorisation de consulter et photocopier les archives qui m’intéressaient. Je m’y rendis.

Avec stupéfaction, je découvris dans ce nouveau dossier, la machination de ma mère et de mon grand-père maternel, notre tuteur provisoire à toute la fratrie. Toutes les lettres, soi-disant écrites par ma mère et moi-même et qui concernaient les demandes de vacances, étaient des faux. J’en fus profondément scandalisée.

La chambre pupillaire avait banalisé l’affaire à un degré inimaginable. Sans jamais procéder à aucun contrôle. Elle avait fait preuve d’une négligence inconcevable dans un dossier d’une telle importance. Elle n’avait pas vu – ou pas voulu voir – les manigances de ma mère et de mon grand-père.
Je ne trouvai aucun rapport, hormis de banales remarques quant à mon comportement.

En 1961, les juges étaient-ils avocats professionnels ou simples citoyens ? Rien ne justifie l’inqualifiable travail qu’ils accomplirent pour mon affaire.

Je fis part de ma consternation au responsable du bureau. Il me répondit qu’il n’était pas responsable de la façon dont cette affaire avait été traitée et qu’il était désormais trop tard pour entreprendre de nouvelles démarches. Lorsque je voulus avoir certaines photocopies, il devint réticent. Il assura qu’il me les enverrait après avoir demandé l’avis d’une personne « compétente ». Pourquoi ces réticences ?
Alors que, je le répète, il y avait prescription ?
Je reçus les photocopies. Sans pour autant avoir la certitude que toutes celles que j’avais demandées y figuraient !

Le 22 février 2006, je fis une demande écrite à l’Hôpital Cantonal de Soleure, en vue d’obtenir le fameux rapport de la doctoresse. L’hôpital me répondit qu’il ne possédait plus aucune archive
depuis 1981.

Or, selon le protocole du Tribunal daté du 18 avril 1961, un soi-disant certificat attestant ma prétendue virginité avait été adressé directement à mes parents.

En réalité, chez ladite doctoresse, je n’avais subi aucun examen. En raison de la terreur inspirée par l’auscultation précédente. Ma mère avait donc inventé de toutes pièces ce soi-disant certificat.

Elle savait mieux que personne que j’avais été violée entre six et sept ans. Elle qui m’avait vue rentrer à la maison noyée de larmes, couverte de souillures et de sang dans ma culotte, ainsi que dans l’entrejambe. Elle n’avait évidemment aucun intérêt à ce que cela se sache !

Le 13 mars 2006, à ma grande surprise, je reçus une lettre de la LAVI de Berne m’informant que la direction actuelle de l’institut avait, de sa propre initiative, effectué des recherches. Quelques pièces me concernant avaient été découvertes au galetas.
Dont une lettre compromettante datée du 6 janvier 1966, de l’assistante sociale des PTT. Lettre envoyée à la chambre pupillaire du canton. Mais qui ne figurait nulle part dans les dossiers consultés.

Brigitha Balet

IMPITOYABLES SOUFFRANCES

Posted in Uncategorized with tags , on 17 février 2012 by brigitha48

IMPITOYABLES SOUFFRANCES

Et puis ce fut la chute. Le premier mai 2005, je me trouvais hospitalisée pour une nouvelle tentative de suicide. Mon mari et ma fille aînée m’y conduisirent. La doctoresse qui m’ausculta jugea que ma place était en psychiatrie.

Les membres de ma famille me firent savoir qu’ils n’en pouvaient plus. Rester en vie signifiait, pour moi, souffrir encore et toujours. Or je n’avais plus la force de me battre dans ce combat inégal contre ce mal sournois qui me rongeait. Inexorablement.

Mais je refusais avec véhémence un nouvel internement. L’épreuve était au-dessus de mes forces. J’avais en mémoire les sept semaines de mon séjour de 2002. Je désirais une aide concrète.
Une véritable thérapie. Ce que j’expliquais au médecin. Je cherchais à le convaincre que j’étais bien une femme de cinquante-sept ans, responsable.
Non plus une adolescente écervelée.
C’est pourquoi je ne referai pas une nouvelle tentative de suicide, lui assurai-je.

Le lendemain, un psychiatre voulut me persuader de demander l’internement. Je refusai encore avec la dernière énergie. Je répétais que j’avais juste besoin d’un suivi spécialisé soutenu.

On m’emmena dans un autre hôpital où j’eus le sentiment qu’un psychiatre me prenait enfin au sérieux et désirait s’occuper de moi.

Heureuse et soulagée, je quittai les lieux, deux jours plus tard. Après trois consultations, celui-ci me demanda de m’adresser au centre médico-social de Sion pour trouver un autre spécialiste. Dans ce centre, ils me firent savoir combien il était difficile de trouver un professionnel pour un long suivi.

J’étais révoltée ! Tout était à recommencer.
Et j’allais si mal. J’avais pris conscience avec frayeur, que j’étais devenue une sorte de bombe à retardement. Un simple mot, un incident anodin pouvaient déclencher en moi un cataclysme et tourner au drame. Je me sentais en constante insécurité face à tout.

Vivre avec moi était presque un sacerdoce.
J’en enfin pu aller chez un autre qui ne pouvait me recevoir qu’occasionnellement. Il manquait de compétence pour traiter le fond de mon problème, selon lui ! Cela ne résolvait que très partiellement mes tourments…

Je pris différents contacts avec la LAVI « Loi fédérale sur l’Aide aux Victimes d’Infractions ».

Plusieurs entretiens, de nombreux appels téléphoniques, mais rien de concret.

J’avais toujours le sentiment d’ennuyer ces personnes. Avoir cinquante-sept ans et de telles souffrances est insoutenable. Aucun des services sociaux concernés ne firent quelque chose de tangible. Ni hier, temps de mon enfance et de mon adolescence, ni aujourd’hui.

On m’a volé mon enfance. On m’a volé mon adolescence. Quelqu’un, accepterait-il enfin de m’aider?

J’ai compris récemment que je suis seule à pouvoir m’en sortir et j’essaie de comprendre les causes de ma culpabilité.

Brigitha Balet

LES THÉRAPIES

Posted in Uncategorized with tags , on 17 février 2012 by brigitha48

LES THÉRAPIES

Deux années d’analyse transactionnelle avec une spécialiste compréhensive m’aidèrent plus que tout jusqu’ici. Son soutien fut précieux.

Je ne travaillais plus. Ma psychiatre m’encouragea à me laisser vivre. A profiter de la vie. Mais profiter de quoi ? J’étais vide et sans désir. Nous ne nous vîmes plus, une année entière.

Il est extrêmement difficile, voire impossible, de sortir d’une dépression. Il n’existe hélas pas de remèdes miracles. Les antidépresseurs ne provoquent pas d’euphorie. Ils permettent juste de transformer les symptômes aigus d’une insupportable dépression en tristesse de vivre. Les effets secondaires de ces médicaments sont également sérieux.

Les recommandations de mon entourage du type « Fais un effort, reprends-toi, apprécie la vie, regarde autour de toi, tu as tout ce qu’il te faut pour être heureuse, un gentil mari, trois enfants et des petits-enfants qui vont tous très bien, tu n’es pas la seule à avoir subi de tels actes, les autres souffrent aussi, etc. » me culpabilisaient tant et plus.

Je ne peux pas blâmer ceux qui me prodiguèrent de tels conseils. Mais savent-ils combien souvent je me le répétais ? Encore et encore.
Parmi les nombreux symptômes psychiques de cette terrible maladie figurent l’épuisement total, les palpitations, la gorge serrée, le poids sur la poitrine et l’estomac noué. Le lever du matin qui exige une volonté de fer. Une lutte quotidienne contre l’engourdissement. Le corps qui n’existe qu’à travers la douleur. Lorsque je me rendais chez mon généraliste, je me plaignais continuellement.

Par chance, il savait écouter, sans juger, ni culpabiliser. Aujourd’hui encore, il reste un merveilleux thérapeute. Son épouse généreuse l’assiste avec bonheur.

J’avais conscience d’être devenue une femme qui ne pensait qu’à elle. Ne parlait que d’elle. Je me disais : « Arrête de te plaindre, de pleurnicher. Reprends-toi, tu ressasses toujours la même histoire. »

Je voyais bien que tous commençaient à m’éviter. Ils me disaient qu’ils ne pouvaient rien pour moi. Qu’il existait des associations d’entraide. Que je pouvais les contacter. Je suivis leurs conseils qui ne m’amenèrent pas bien loin.

A Lausanne on me proposa de l’aide. Je ne pus l’accepter. Je n’étais plus en état de supporter de fréquents déplacements. Et le fait de ne pas bénéficier d’assurance maladie complémentaire signifiait que la totalité des frais de soins seraient à ma charge. Je ne pouvais financièrement me le permettre.

Libre de mon temps, je commençai d’éprouver le besoin de fouiller dans mon passé. Mais, inquiétée par les propos de ceux qui pensaient que je risquais de devenir mon propre bourreau, je renonçai provisoirement.

Une idée se fit omniprésente. Je me demandais si l’homme qui m’avait violée vers six ou sept ans avait pu sévir encore. S’il était allé jusqu’au meurtre ? Il y avait eu en Valais des disparitions non élucidées.

Mon médecin m’aida à rencontrer un agent de la police criminelle. Il m’apprit que la mort de mon tortionnaire précédait ces évènements. Ce fut un soulagement sans pareil. Je n’aurais pu supporter l’idée d’avoir cela sur la conscience. Cet individu, qui jamais ne fut dénoncé, aurait été tout à fait capable de commettre ces crimes odieux. Je le pensais.

Grâce à mes amies et à ma famille, je suis parvenue à vivre plus ou moins normalement un certain temps.

Je me rendais parfois aux bains de Saillon.
Cela me procurait beaucoup de bien.
Parfois plus que les médicaments eux-mêmes.
Les coûts de mes « baignades » n’entraient pas dans les prestations offertes par ma caisse maladie.
Je dus restreindre mes visites aux thermes.

Printemps 2004, terrible rechute. Envies de suicide que je réprimais de toutes mes forces. Je fis un rêve. Je regardais par la fenêtre de ma cuisine et contemplais un chemin rocailleux. Quand un escalier d’un blanc immaculé et d’une intense luminosité apparut. Comme par magie. A côté de celui-ci surgit une dame vêtue d’un grand manteau avec capuchon, du même blanc lumineux et d’une robe tissée de deux bleus superbes et profonds. Des couleurs comme jamais auparavant je n’avais vues. Elle avait un visage splendide et serein. Et me regardait avec un amour infini. J’étais envoûtée. Aucun spectacle, le plus beau fût-il, n’égalera jamais cette vision.

Je compris le message de La Dame Blanche.
Ce pouvoir divin m’accompagnerait désormais partout. Ensuite tout disparut. Ce rêve féerique me soutint dans cette nouvelle période très difficile. Je continue de puiser mon énergie dans la force de ce rêve étrange et si beau.

Dans les pires moments de ma vie, j’ai souvent craint de devenir folle. Compte tenu de mon incapacité à travailler, ma psychiatre m’a envoyée chez un psychologue pour qu’il diagnostique mon cas.
Je suis allée consulter ce spécialiste à qui j’ai confié mes craintes. Il a reconnu qu’il était possible que je sombre dans la démence en raison de la gravité de mon état. Je lui ai demandé ce qu’il fallait faire pour ne pas en arriver à ce point de non-retour.
Ce spécialiste me conseilla d’apprivoiser, petit à petit, tous les fantômes qui hantaient ma vie et qui me terrorisaient. Il ajouta que c’était très facile à dire, mais extrêmement difficile à appliquer, car c’était une lutte de tous les jours et que la vigilance ne devait jamais baisser. Je suis bien placée pour confirmer qu’il a bel et bien raison.

Arriverais-je, un jour, à cohabiter harmonieusement avec mon passé et à accepter que ce chemin de croix fasse partie intégrante de ma vie ? Trouverais-je enfin un semblant de paix et de sécurité en l’avenir ?
Vivre au jour le jour, avec les bons et mauvais moments ?

Brigitha

MES ANNÉES A L’INSTITUT

Posted in Uncategorized with tags , on 13 février 2012 by brigitha48

MES ANNÉES A L’INSTITUT

Le 11 septembre 1961, je fus placée à Soleure dans un institut pour mineurs en difficulté. Un couple avec quatre enfants s’occupait de cet établissement. Le responsable enseignait au village voisin. Son épouse « prenait soin » de nous, secondée par une aide-ménagère. Nous étions plus d’une vingtaine d’enfants et devions quasiment tout faire nous-mêmes : les nettoyages, aider à la cuisine, les achats, etc. Comme j’avais soif d’affection, j’étais toujours la première à proposer mon aide.

Au début de mon séjour, la directrice m’interrogea sur mon enfance et ce dont j’avais été victime. Confiante, je lui avouai tout mon passé, y compris les abus et le viol subi entre six et sept ans. Les responsables savaient donc que ma mère était capable du pire.

De tels aveux auraient dû être immédiatement transmis aux autorités compétentes. Or, je n’ai jamais rien trouvé concernant ces entretiens dans mes multiples recherches. Cela reste « un mystère » inconcevable, comme tant d’autres.

Les enfants envoyés par différentes associations, telles que Caritas et la Croix Rouge, étaient mieux surveillés et contrôlés que nous ne l’étions ma sœur et moi. Car elle me rejoignit là-bas durant l’été 1962. Ils recevaient régulièrement des colis, partaient en vacances et portaient des habits neufs. Pour nous, jamais de lettre, ni de paquet. Nous ne comprenions pas pourquoi et cela nous rendait très tristes. Mon frère fut placé la même année dans un home pour enfants, en Suisse allemande. Comme cet institut appartenait au canton, les contrôles étaient plus fréquents.

Nous mangions fort mal et dans des conditions plutôt sinistres. Assis à table comme des pauvres, alors que les responsables et leurs enfants mangeaient au fond de la salle. Leur table était bien dressée, avec une nappe et un beau service. Je ressentais cela comme une injustice profonde, les seigneurs d’un côté et les esclaves de l’autre. Ils nous faisaient sentir qu’ils ne pouvaient pas faire de miracles avec quatre francs par jour.

A côtoyer cette famille modèle, je me mis à rêver d’un nid d’amour, imaginer la chaleur d’un foyer, inventer un havre de paix pour m’y blottir. Ces enfants possédaient tout alors que je ne connaissais que la détresse d’une implacable solitude. Depuis toujours. Cette soudaine révélation m’infligea une peine sans nom.

L’été, mes cheveux blondissaient. De belles mèches claires illuminaient mon visage. La fille cadette de la directrice me complimentait et avait souvent un mot gentil. Elle devait se cacher de ses parents et de sa sœur qui n’auraient jamais toléré une telle familiarité.

Le souvenir d’une punition particulièrement cruelle que j’ai dû subir m’angoisse aujourd’hui encore. En faisant la poussière, j’avais volontairement évité une araignée par phobie de ces insectes. En guise de leçon, la directrice m’envoya dans une cave où je dus chercher des araignées et les mettre dans une pochette en papier.

Non loin de notre institut se trouvait une maison pour personnes aliénées. Lorsque nous passions devant cette triste bâtisse, les responsables nous prévenaient que nous finirions par y croupir, un jour. Ces paroles étaient tout aussi dévastatrices que des sévices corporels. Julie était réellement terrorisée par la menace d’internement dans cet établissement pour personnes démentes.

Dans notre institut, je compris très vite qu’il ne fallait faire confiance à personne. La seule façon de survivre consistait à se créer une carapace derrière laquelle on cachait ses émotions, de manière à n’offrir aucune prise aux personnes mal intentionnées. Je m’y sentais horriblement seule. Nous étions soumis à des règles très strictes. C’était un univers froid, terne, avec peu de chaleur humaine. Tous les enfants souffraient de problèmes psychologiques. Malgré tout, je me sentais bien plus en sécurité dans cet institut que chez moi où je ne voulais retourner sous aucun prétexte.

Un jour, trois enfants s’échappèrent durant la nuit, en nouant les draps pour en faire une corde. D’après mes souvenirs, ils furent rattrapés près de la frontière française et ramenés dans le panier à salade comme des criminels. On les enferma dans une chambre sombre et vétuste. La police vint trois jours plus tard pour les conduire dans une semi prison. Nous fûmes tous convoqués dans la cour et on nous prévint de ce qui nous arriverait si nous essayions de nous enfuir. Cette histoire m’a profondément bouleversée.

Toutes les filles de l’institut allaient à l’école mixte de la ville de Soleure. Je fus souvent la risée des élèves en raison de mon misérable accoutrement. Durant cinq ans, je ne reçus presque rien de neuf à me mettre sur le dos, hormis un chemisier, une jupe et un pull. En fait, ma garde-robe ne se composait que de vieux habits. Moi qui aimais tant les belles choses, je souffrais beaucoup des railleries de mes camarades d’école.

A Soleure, l’hiver était rude et humide en raison de fréquentes nappes d’épais brouillard. Les promenades dans la forêt, le dimanche, étaient obligatoires. Seulement mes pauvres guenilles ne pouvaient me protéger des morsures du froid.

L’école se trouvait à un kilomètre de la ville. Nous étions chronométrés et devions rentrer à heures fixes. Au pas de course, en évitant la ville, pour être à l’heure et fuir les tentations citadines. Dans la classe secondaire, deux élèves étaient particulièrement gentilles avec moi. L’une me conviait chez elle après l’école pour manger la mousse au chocolat que sa maman préparait. L’autre, fille d’un directeur de banque, détestait l’école. Elle possédait un talent de styliste et, douée pour la couture, était toujours divinement habillée. Grand cœur, elle me manifestait beaucoup de sympathie et de compassion.

Un jour, elle me fit entrer dans sa chambre où, en présence de sa mère, elle ouvrit son armoire et me proposa de prendre les habits que je désirais. Elle me conseilla et emplit mon sac de vêtements. J’étais au septième ciel. Je rentrai à l’institut avec quelques minutes de retard. Le comité d’accueil m’attendait déjà. Je dus expliquer mon retard. On m’accusa alors de vol, malgré mes protestations. Je reçus l’ordre de tout rendre le jour même. La mère de ma généreuse camarade, indignée, téléphona à l’institut. On lui répondit que le règlement n’autorisait pas ce genre de choses.

Des nuits entières, je pleurais dans mon lit. Je ne parvenais plus à endiguer mon désespoir derrière la carapace que je m’étais forgée. Jamais je ne pourrai faire le compte de toutes ces larmes versées pendant ces années à l’institut, au fond de ces sinistres dortoirs.

Ma petite sœur partageait ma vie à l’institut. Je l’aidais souvent pour ses travaux scolaires, et cela a tissé une profonde complicité entre nous. J’avais entièrement confiance en elle, car je savais qu’elle ne me trahirait jamais.

Ma mère devait demander à la chambre pupillaire une autorisation écrite, pour que je puisse rentrer à la maison pendant les vacances. Elle le faisait régulièrement, afin de faire bonne figure. Pas une seule de ces lettres n’était écrite et signée par elle. Elle joignait des messages, soi-disant rédigés par moi, afin de justifier sa demande. Il s’agissait de faux, car je n’avais évidemment jamais écrit une seule ligne pour demander à rentrer chez moi. J’avais bien trop peur.

La chambre pupillaire n’a jamais rien remarqué. Pourquoi ?

Les responsables de l’établissement recevaient parfois la visite d’une dame outrageusement maquillée, vêtue d’un manteau léopard. C’était une ancienne pensionnaire. Tout indiquait qu’elle avait fini dans la rue. J’avais le sentiment que cette fille venait les narguer sciemment, afin de leur montrer le triste résultat de leur éducation. Je me suis faite la promesse solennelle de ne jamais finir ainsi.

Un été, les enfants furent placés par différentes œuvres caritatives. N’ayant trouvé personne ni pour ma sœur, ni pour moi, les directeurs engagèrent une étudiante. Ce furent les plus belles vacances de notre vie. Nous allions nous promener, faire du bateau ou manger des glaces. Le temps fila beaucoup trop vite.

En 1963, la direction des œuvres sociales du canton de Berne envoya une lettre à la chambre pupillaire concernée et une copie à l’institut. Selon la nouvelle loi, ils n’étaient plus en charge de subvenir à mon logement, ni à ma scolarité. Désormais c’était à la chambre pupillaire du lieu de domicile des parents de prendre le relais. Elle avait pour mission de contacter mes parents afin de discuter de mon avenir professionnel. Je souhaitais m’occuper de jeunes enfants et devenir enseignante. J’avais les capacités scolaires requises.

Le directeur de l’institut m’expliqua que mes parents ordonnaient que je gagne ma vie au plus vite, afin de subvenir à leurs besoins financiers. Je n’avais pas le choix. Cependant, cet homme me conseilla d’aller travailler à la poste pour ne pas devoir servir dans un café ou pire.

Au cours de l’année 1965, ma mère vint chercher ma sœur Julie pour la ramener à la maison. Je pense que le service social ne lui versait plus d’argent et qu’elle devait désormais assumer entièrement les frais de l’institut. En sanglots et agrippée à son pantalon, ma sœur supplia le directeur de pouvoir rester à l’institut.

Elle ne voulait à aucun prix retourner avec notre mère !

Je réussis mon examen de passage et fus engagée à la poste de Soleure en avril 1965. Je pus ainsi rester à l’institut. Chaque fin de mois, ma mère téléphonait au bureau pour me harceler. Elle exigeait presque la totalité de mon salaire.

C’est à cette même époque, que je souffris de terribles maux de dents, m’interdisant de m’alimenter. Après plusieurs jours de calvaire, j’eus enfin la permission de me rendre chez le dentiste. L’examen révéla une infection dans le palais. Il dut percer l’abcès. Les soins reçus tardivement eurent pour conséquence une grave infection rénale, qui m’aurait conduite à l’hôpital, si les coûts trop élevés ne m’en avaient empêché.

Je suis restée alitée dans le dortoir environ trois semaines, sous antibiotiques. Les séquelles de cette infection non soignée ont porté préjudice à ma santé tout au long de ma vie. Je compris alors que la société se divisait en deux camps. D’un côté ceux qui possédaient tout et de l’autre, ceux qui ne possédaient rien. Je me suis levée et j’ai promis au Seigneur qu’un jour, je serai du bon côté.

Dans le courant de l’année, je reçus la visite d’une employée du service social. Elle m’interrogea sur mes années à l’institut, mon travail et l’éventuel plaisir que j’y trouvais. Sans arrière-pensée, je répondis à toutes ses questions. Je rajoutai même combien j’aimais ma profession tout en avouant que mes goûts véritables m’eussent conduite ailleurs. Elle a rétorqué que si tel avait été mon désir, les services sociaux auraient pris en charge les frais des études. J’expliquais que le directeur m’avait formellement signifié que mes parents me l’interdisaient.

J’étais l’aînée de la famille et, comme telle, je me devais de les soutenir financièrement. A partir de ce jour-là, la vie à l’institut se dégrada. Je suppose que le rapport de l’employée du service social ne fut pas très favorable à l’égard de la direction de l’institut.

En 1965, je partis en vacances chez mes parents pour Noël. Ils insistèrent pour que je revienne travailler en Valais. Toujours dans le but avoué que je les entretienne. Je ne comprenais pas pourquoi j’étais censée leur donner ma paie, surtout après ce qu’ils m’avaient infligé.

Je devais recommencer mon travail le lundi trois janvier, mais ma mère exigea que je téléphone à mon supérieur pour l’avertir que j’étais malade. En fait, elle me fit mentir pour gagner du temps et tenter de me convaincre de rester dans le canton. Officiellement, elle prétendit que j’avais une fâcheuse tendance à la dépense et qu’elle souhaitait me garder à ses côtés. Ainsi, elle aurait le pouvoir de contrôler et de modérer mes pulsions de consommation. Je ne repris mon travail que le lendemain.

J’arrivai à Soleure tellement abattue et déprimée que je fis de graves erreurs professionnelles. Mon chef appela le service social des PTT, afin de savoir ce qui s’était passé durant mon séjour à la maison. Une de leurs assistantes sociales entreprit des recherches et écrivit une lettre à la chambre pupillaire du canton du Valais le 6 janvier 1966. Cette lettre stipule que, contrairement à ce que prétendait ma mère, je n’étais aucunement dépensière, et que j’avais des besoins fort limités.

Mes parents ne lâchèrent aucune de leurs revendications. Ils me sommèrent de rentrer. Ils extorquèrent mon salaire. Ma mère reconnut avoir menti au sujet de ma prétendue tendance dépensière. Bien plus tard, elle avoua à une amie que je ne parviendrais jamais à leur rembourser tout le mal que je leur avais fait.

Mes employeurs comprirent enfin pourquoi j’étais si éperdument paumée. Dans son rapport, l’assistante des PTT révéla que mes parents avaient délaissé trois de leurs enfants dès leur plus jeune âge. Qu’ils leur manifestaient de l’intérêt uniquement s’ils leurs rapportaient de l’argent. En outre, elle disait ne pas comprendre comment mon père, qui avait été jugé pour inceste, avait pu continuer à bénéficier du droit parental et vivre sous le même toit que ses quatre petites filles. Et ceci après seulement deux ans et quatre mois de détention.

L’assistante sociale exprimait son appréhension au sujet du retour des enfants dans leur foyer. Ils étaient enfin parvenus à acquérir péniblement un minimum de stabilité. Elle demandait également à la chambre pupillaire de trouver une vraie solution pour moi, qui prendrait en compte mes aspirations personnelles et mes intérêts financiers. Le 20 janvier 1966, la chambre pupillaire accéda favorablement à sa requête, mais uniquement en ma faveur. Ni mon frère ni ma petite sœur n’obtinrent gain de cause.

Je prolongeai ainsi mon séjour à l’institut, mais le quotidien devint insupportable. Pour les gens de la maison je n’existais plus.

Mon oncle, le frère de ma mère, habitait dans un village non loin de Soleure. Un jour, sur l’ordre de ma mère, il vint, accompagné de son épouse, me chercher à l’institut. J’eus la chance d’habiter quelque temps chez eux. Je dormais dans une jolie petite chambre. Ils étaient si gentils avec moi que je me sentais presque en famille. Maigre à faire peur, quasi sous-alimentée, je me gavais des repas préparés par ma tante. Lorsque je rentrais du travail, elle me nourrissait de salades de cervelas et de Kugelhofs. Mon estomac acceptait mal cette nourriture trop lourde. Je payais ma pension à mon oncle tous les mois et envoyais le reste à mes parents.

Ma tante, ignorant la duplicité de ma mère, pensait que cette dernière était sous l’influence de son propre père, véritable patriarche doté d’une forte personnalité. Mon oncle avait quitté le Valais, afin d’échapper à son autorité abusive. Ma tante m’incitait à sortir de ce milieu. Elle trouvait que, adolescente toute menue, je possédais à présent des mensurations idéales pour faire carrière dans la mode. Je n’y croyais pas. Terriblement complexée, je me trouvais laide. Je souffrais d’être moi.

Fidèle à son obsession de me voir revenir en Valais, ma mère fit les démarches nécessaires auprès de l’office postal de Sion pour me faire engager, se passant de mon assentiment.

Un jour, le chef de bureau de Sion me téléphona pour confirmer mon engagement. Nous étions au printemps 1967. J’annonçai la nouvelle à mon employeur. Il me conseilla de rester à Soleure pour préserver mon équilibre psychologique. Mais je n’étais pas majeure, je me sentais coupable de tous les malheurs de ma famille, et j’imaginais devoir payer pour tout ce mal. J’obéis une fois de plus.

Travaillant toujours dans la même entreprise, mon dossier fut transmis à Sion. Mon nouveau directeur me mit vivement en garde contre le projet de retourner vivre chez mes parents, si je voulais garder une chance de me construire un avenir serein. Je réalise aujourd’hui combien cet homme sage avait raison ! Je ne revis, pour ainsi dire, plus mon oncle ni ma tante et n’eus plus de leurs nouvelles.

Brigitha

LA DÉNONCIATION

Posted in Uncategorized with tags , on 12 février 2012 by brigitha48

LA DÉNONCIATION

E
n septembre 1960, je partis chez ce couple où je poursuivis ma scolarité retardée par le contexte linguistique différent. L’épouse était assez sévère, mais je me sentis bien chez eux. Je n’étais ni battue, ni abusée, ni maltraitée.

Hélas, je dus rentrer à la maison pour les vacances de Noël et c’est à cette occasion que je reçus le cadeau empoisonné.

Mon père, ce malade, commit un nouvel inceste !

A la fin des vacances, complètement abattue et dans un état pitoyable, je retournai en train dans ma famille d’accueil. Tous les matins, la dame allait nourrir les lapins. Un jour où nous les observions en compagnie de leurs petits, elle voulut entreprendre mon éducation sexuelle. Je m’évanouis presque. Inquiète, elle me pria d’expliquer un si grand trouble. Je lui dévoilai, sous le sceau du secret, combien j’avais peur de subir la même chose. Innocente, je n’étais pas instruite sur le sujet. Il y a cinquante ans, l’éducation sexuelle n’existait pas, ni les médias, ni la presse n’en parlaient. Le sujet était complètement tabou !

Je dis à cette dame que je ne pouvais pas lui en dévoiler davantage, car autrement « il » me tuerait. Et j’ajoutai que je ne voulais en aucun cas retourner à la maison. Elle me pria de lui faire entièrement confiance. Alors je lui avouai que mon père m’avait fait du mal.

A la suite de cette révélation, elle écrivit à mes parents, pour leur dire qu’elle connaissait la situation et leur exprimer sa profonde indignation face à de tels actes.

J’appris, lors de mes recherches, que mes parents vinrent immédiatement la trouver. Mon père menaça de l’étrangler, si elle avait l’audace de le dénoncer. Ma mère approuva et renchérit en disant que si cette affaire venait aux oreilles de la justice, elle et tous ses descendants seraient maudits à jamais. Tous ces faits ont été consignés sur des pièces judiciaires que j’ai consultées.

Avril 1961, ce couple reçut la visite de leurs enfants auxquels ils racontèrent mon histoire. Leur beau-fils, profondément choqué, dénonça de suite ces délits à la justice. Il ajouta que la dame qui nous gardait avait certains problèmes psychiques et n’était pas en mesure de s’occuper d’enfants avec de tels traumatismes. Il demanda qu’on traite cette affaire avec la plus grande prudence, en raison des menaces proférées par mes parents.

Ma mère vint me trouver le 16 avril de cette même année. Elle me traita de menteuse et de perverse. Je n’avais que douze ans et quatre mois ! Elle prit rendez-vous avec le médecin de la région. Absent pour des raisons militaires, c’est son remplaçant qui, le lendemain, m’ausculta. Il m’examina longuement entre les jambes et me fit très mal. Aujourd’hui je peux dire que ce médecin à ignoblement abusé de moi…

Il finit par déclarer son inaptitude à effectuer une expertise dans une telle affaire et prit directement rendez-vous avec le médecin-chef du service gynécologique de l’Hôpital Cantonal de Soleure pour un examen ad hoc. Mais je ressentis son « examen » comme un abus supplémentaire d’une rare violence.

Savante manipulatrice, ma mère avait sans doute tout prévu. En me traitant de fille dépravée, elle ne risquait rien. Même si l’examen révélait l’existence d’un rapport sexuel, le partenaire pouvait être n’importe qui.

Le soir même, à dix-neuf heures, nous eûmes rendez-vous à l’hôpital où une doctoresse s’occupa de moi. Terrifiée, je ne voulus pas monter sur la chaise pour un autre examen, tellement le précédent avait été effroyable. Ma mère ricana durement : « Avec ton père, tu t’es laissée faire et là, tu fais des manières ! ». La doctoresse la chassa de la pièce et me fit descendre de la chaise, sans procéder à l’examen. Elle fut très douce avec moi, essaya de me calmer et de me consoler. Pendant que je me rhabillais, elle s’en fut parlementer avec ma mère. Elle lui exprima probablement son indignation. Par la suite, elle transmit un rapport aux autorités.

Dans un témoignage racontant ces faits, ma mère, une fois de plus, mentit et narra l’histoire à sa façon, en omettant expressément de parler du premier examen. Je fus même contrainte de raconter sa version des faits et de la signer. Elle avait le pouvoir absolu de me faire dire et signer ce qu’elle voulait.

Quelques semaines plus tard, ma mère et une de ses sœurs vinrent me chercher. Nous prîmes le train pour rentrer en Valais. Durant le voyage, elles me harcelèrent tant et si bien que je leur racontai tout ce que j’avais subi. Elles me traitèrent alors de menteuse, de dévergondée et de sorcière à voix haute devant tous les voyageurs.

Ce fut un moment de suprême humiliation.

Je ne me rappelle pas avoir vu mon père en arrivant chez nous. Peut-être était-il déjà en détention préventive ? L’ordre d’écrou à son encontre fut délivré le 12 mai 1961. Il fut condamné à deux ans de réclusion pour attentat à la pudeur sur la personne de sa fille. Il prit un avocat et fit appel au tribunal cantonal contre ce jugement.

Brigitha

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