RECHERCHES ET DÉSILLUSIONS…

RECHERCHES ET DÉSILLUSIONS…

J’éprouve une grande colère envers la chambre pupillaire, les œuvres sociales, la justice et la société tout entière, qui ont fait preuve d’un pareil laxisme, d’une si rare incompétence.

Certains fonctionnaires m’assurèrent qu’il n’était pas en mon pouvoir de changer le cours de l’histoire. Ils me dirent encore, qu’aujourd’hui, les cas sont traités avec davantage de sérieux. Je ne crus pas un seul mot de ces vertueux discours. Et je n’y crois toujours pas.

Combien de femmes se taisent aujourd’hui.
De peur de dénoncer ces criminels qui, le plus souvent, font partie de leur quotidien. Elles craignent de s’en remettre à une justice, en laquelle elles n’ont pas confiance.

Personnellement, je n’avais plus rien à perdre. J’entrepris de recommencer les recherches que j’avais abandonnées à l’époque. Le rapport médical de la doctoresse de l’hôpital cantonal de Soleure était particulièrement capital car il prouverait à ma famille la monstruosité de ma mère.

Ses invraisemblables mensonges. J’espérais de tout mon cœur que ces preuves répondraient enfin à mes interrogations. Qu’elles rassembleraient petit à petit toutes les pièces du puzzle. Peu m’importait finalement de devenir mon propre bourreau si, au bout de ma quête, je retrouvais une forme de sérénité.
Un semblant de paix. J’étais prête à entamer le parcours du combattant.

Je démarrai mes premières recherches entre 2003
et 2004.
A cette époque, j’adressai une demande écrite au Tribunal d’arrondissement pour avoir accès à mon dossier. On me répondit favorablement par téléphone, sans même se donner la peine d’une confirmation écrite.

Ce que je jugeai très peu professionnel.

Quelques jours plus tard, je me rendis au Tribunal d’arrondissement où un dossier conséquent me fut remis. Je cherchai en priorité ce « fameux rapport médical ». Mais je ne trouvai rien. J’avais le droit de consulter le dossier et de prendre des notes sur place. En le parcourant, j’appris les affabulations démentes de ma mère. Et réalisai le machiavélisme avec lequel elle avait manipulé son monde.

Le dossier faisait état de sa déposition à un employé du tribunal, qui stipule ceci : « D’après ce que sa mère me dit, cette fillette serait mentalement dépravée et raconterait sans honte à sa mère les pires horreurs ». L’employé responsable a écrit au service médico-pédagogique valaisan :
« Comme il s’agit d’une famille nombreuse et qu’elle risque de contaminer les autres enfants, il me paraît urgent d’aller voir ce qu’il en est, afin de décider s’il est nécessaire de placer la fille dans un établissement ou dans une famille de confiance. Veuillez par la même occasion interroger la fillette sur les circonstances des abus et lui faire décrire la façon dont se sont produits ces attentats ».

Pourquoi la justice n’avait-elle pas pris le temps de m’interroger hors de la présence de ma mère qui me paralysait et m’empêchait de parler ?

Comment des professionnels avaient-ils pu banaliser un cas si lourd et ne pas comprendre le rôle méprisable de ma génitrice ?

Je lus un extrait du rapport psychiatrique sur mon père, où il était écrit que :

« Il nous dit avoir souvent été obsédé par la crainte qu’un jour il pourrait s’attaquer à l’une de ses filles. Cela le rendait d’humeur sombre, il ne trouvait aucune joie à s’occuper d’elles et les fuyait même parfois.
Il considère ses actes et leurs conséquences comme une épreuve qui lui a été imposée, et fait des efforts pour surmonter sa réaction dépressive.

Il se déclare fermement décidé à ne plus jamais recommencer, mais ses bonnes intentions ne sont pas, à elles seules, une garantie suffisante.
En effet, on ne peut pas être absolument sûr que, dans des circonstances analogues, ses pulsions ne s’avèrent pas plus fortes que ses défenses.

Il s’agit d’un homme qui, sans présenter d’altération notable de sa santé, est physiquement asthénique et fatigable. Nous n’avons constaté chez lui aucun signe de maladie mentale. Par contre, il apparaît clairement qu’il est une nature aux fortes tendances dépressives ».

Après une heure de lecture, je me sentis anéantie. Détruite. Je quittai le tribunal, chancelante.

Il me fallut du temps pour digérer les horreurs contenues dans ce rapport. Je dus attendre presque deux ans avant de pouvoir entreprendre de nouvelles démarches.

A la fin de l’année 2005, je m’adressai à la direction des œuvres sociales de Berne. Tout mon dossier avait été transféré à la chambre pupillaire du Valais.
Je téléphonai ensuite à la LAVI de Berne, afin de savoir comment procéder pour obtenir des renseignements concernant mon séjour à l’institut.

L’assistante sociale me proposa aimablement de contacter une juriste de Soleure collaborant avec eux. Cette dame effectua différentes recherches à l’institut. Le directeur de l’institut prétendit qu’il n’existait plus de vieux dossiers dans la maison.
La présidente actuelle de la fondation lui recommanda de se renseigner auprès du caissier en fonction depuis 1981.

Ce dernier expliqua que cet institut avait changé de statut depuis cette date et qu’aucun dossier n’avait été archivé au préalable. La juriste s’adressa alors aux archives cantonales de Soleure, sans plus de résultats. Il lui paraissait superflu de contacter l’ancien président de la fondation. Je reçus le résultat de ses recherches le 25 janvier 2006.

J’appelai la juriste, afin de la remercier et j’en profitai pour lui exprimer mon étonnement concernant la disparition de ces dossiers. Elle m’expliqua qu’en tant que fondation privée, le conseil d’administration avait tout intérêt à faire disparaître les dossiers les plus « délicats ».

En parallèle, je réitérai ma demande au Tribunal.
Je reçus bientôt un appel téléphonique du secrétariat, me demandant le numéro du dossier, car le nom de la personne jugée, en l’occurrence mon père, leur était inconnu. Je répondis que je ne connaissais pas ce numéro. J’ajoutai qu’ayant déjà sollicité leur collaboration auparavant pour la même affaire, j’étais persuadée que ma première demande écrite se trouvait chez eux.
Enfin, une employée m’informa qu’ils avaient trouvé le dossier, mal classé selon eux !

J’obtins l’autorisation de consulter mon dossier et de faire certaines photocopies. Accompagnée d’une amie, je me rendis au Tribunal où des documents me furent remis.

A mon grand étonnement, le dossier n’était plus aussi épais que lors de ma première visite. Il ne contenait plus la totalité des documents consultés deux ans auparavant. J’exprimai à mon amie ma stupeur et mon indignation. A la lecture de ce « petit » dossier, elle pleura, ne parvenant pas à croire que j’avais survécu à de pareilles horreurs.

Sur le moment, je n’eus pas la présence d’esprit de demander des explications au Tribunal. L’indignation était trop forte. La douleur aussi.

Après la colère, les interrogations. Quel était le sens ou les véritables raisons de cette « mystérieuse disparition » ? Pourquoi une partie de mon dossier s’était volatilisé, alors qu’il y avait prescription depuis longtemps ?

A quelques jours d’intervalle, j’adressai par téléphone ma requête à la chambre pupillaire afin d’obtenir l’autorisation de consulter et photocopier les archives qui m’intéressaient. Je m’y rendis.

Avec stupéfaction, je découvris dans ce nouveau dossier, la machination de ma mère et de mon grand-père maternel, notre tuteur provisoire à toute la fratrie. Toutes les lettres, soi-disant écrites par ma mère et moi-même et qui concernaient les demandes de vacances, étaient des faux. J’en fus profondément scandalisée.

La chambre pupillaire avait banalisé l’affaire à un degré inimaginable. Sans jamais procéder à aucun contrôle. Elle avait fait preuve d’une négligence inconcevable dans un dossier d’une telle importance. Elle n’avait pas vu – ou pas voulu voir – les manigances de ma mère et de mon grand-père.
Je ne trouvai aucun rapport, hormis de banales remarques quant à mon comportement.

En 1961, les juges étaient-ils avocats professionnels ou simples citoyens ? Rien ne justifie l’inqualifiable travail qu’ils accomplirent pour mon affaire.

Je fis part de ma consternation au responsable du bureau. Il me répondit qu’il n’était pas responsable de la façon dont cette affaire avait été traitée et qu’il était désormais trop tard pour entreprendre de nouvelles démarches. Lorsque je voulus avoir certaines photocopies, il devint réticent. Il assura qu’il me les enverrait après avoir demandé l’avis d’une personne « compétente ». Pourquoi ces réticences ?
Alors que, je le répète, il y avait prescription ?
Je reçus les photocopies. Sans pour autant avoir la certitude que toutes celles que j’avais demandées y figuraient !

Le 22 février 2006, je fis une demande écrite à l’Hôpital Cantonal de Soleure, en vue d’obtenir le fameux rapport de la doctoresse. L’hôpital me répondit qu’il ne possédait plus aucune archive
depuis 1981.

Or, selon le protocole du Tribunal daté du 18 avril 1961, un soi-disant certificat attestant ma prétendue virginité avait été adressé directement à mes parents.

En réalité, chez ladite doctoresse, je n’avais subi aucun examen. En raison de la terreur inspirée par l’auscultation précédente. Ma mère avait donc inventé de toutes pièces ce soi-disant certificat.

Elle savait mieux que personne que j’avais été violée entre six et sept ans. Elle qui m’avait vue rentrer à la maison noyée de larmes, couverte de souillures et de sang dans ma culotte, ainsi que dans l’entrejambe. Elle n’avait évidemment aucun intérêt à ce que cela se sache !

Le 13 mars 2006, à ma grande surprise, je reçus une lettre de la LAVI de Berne m’informant que la direction actuelle de l’institut avait, de sa propre initiative, effectué des recherches. Quelques pièces me concernant avaient été découvertes au galetas.
Dont une lettre compromettante datée du 6 janvier 1966, de l’assistante sociale des PTT. Lettre envoyée à la chambre pupillaire du canton. Mais qui ne figurait nulle part dans les dossiers consultés.

Brigitha Balet

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :