LES THÉRAPIES

LES THÉRAPIES

Deux années d’analyse transactionnelle avec une spécialiste compréhensive m’aidèrent plus que tout jusqu’ici. Son soutien fut précieux.

Je ne travaillais plus. Ma psychiatre m’encouragea à me laisser vivre. A profiter de la vie. Mais profiter de quoi ? J’étais vide et sans désir. Nous ne nous vîmes plus, une année entière.

Il est extrêmement difficile, voire impossible, de sortir d’une dépression. Il n’existe hélas pas de remèdes miracles. Les antidépresseurs ne provoquent pas d’euphorie. Ils permettent juste de transformer les symptômes aigus d’une insupportable dépression en tristesse de vivre. Les effets secondaires de ces médicaments sont également sérieux.

Les recommandations de mon entourage du type « Fais un effort, reprends-toi, apprécie la vie, regarde autour de toi, tu as tout ce qu’il te faut pour être heureuse, un gentil mari, trois enfants et des petits-enfants qui vont tous très bien, tu n’es pas la seule à avoir subi de tels actes, les autres souffrent aussi, etc. » me culpabilisaient tant et plus.

Je ne peux pas blâmer ceux qui me prodiguèrent de tels conseils. Mais savent-ils combien souvent je me le répétais ? Encore et encore.
Parmi les nombreux symptômes psychiques de cette terrible maladie figurent l’épuisement total, les palpitations, la gorge serrée, le poids sur la poitrine et l’estomac noué. Le lever du matin qui exige une volonté de fer. Une lutte quotidienne contre l’engourdissement. Le corps qui n’existe qu’à travers la douleur. Lorsque je me rendais chez mon généraliste, je me plaignais continuellement.

Par chance, il savait écouter, sans juger, ni culpabiliser. Aujourd’hui encore, il reste un merveilleux thérapeute. Son épouse généreuse l’assiste avec bonheur.

J’avais conscience d’être devenue une femme qui ne pensait qu’à elle. Ne parlait que d’elle. Je me disais : « Arrête de te plaindre, de pleurnicher. Reprends-toi, tu ressasses toujours la même histoire. »

Je voyais bien que tous commençaient à m’éviter. Ils me disaient qu’ils ne pouvaient rien pour moi. Qu’il existait des associations d’entraide. Que je pouvais les contacter. Je suivis leurs conseils qui ne m’amenèrent pas bien loin.

A Lausanne on me proposa de l’aide. Je ne pus l’accepter. Je n’étais plus en état de supporter de fréquents déplacements. Et le fait de ne pas bénéficier d’assurance maladie complémentaire signifiait que la totalité des frais de soins seraient à ma charge. Je ne pouvais financièrement me le permettre.

Libre de mon temps, je commençai d’éprouver le besoin de fouiller dans mon passé. Mais, inquiétée par les propos de ceux qui pensaient que je risquais de devenir mon propre bourreau, je renonçai provisoirement.

Une idée se fit omniprésente. Je me demandais si l’homme qui m’avait violée vers six ou sept ans avait pu sévir encore. S’il était allé jusqu’au meurtre ? Il y avait eu en Valais des disparitions non élucidées.

Mon médecin m’aida à rencontrer un agent de la police criminelle. Il m’apprit que la mort de mon tortionnaire précédait ces évènements. Ce fut un soulagement sans pareil. Je n’aurais pu supporter l’idée d’avoir cela sur la conscience. Cet individu, qui jamais ne fut dénoncé, aurait été tout à fait capable de commettre ces crimes odieux. Je le pensais.

Grâce à mes amies et à ma famille, je suis parvenue à vivre plus ou moins normalement un certain temps.

Je me rendais parfois aux bains de Saillon.
Cela me procurait beaucoup de bien.
Parfois plus que les médicaments eux-mêmes.
Les coûts de mes « baignades » n’entraient pas dans les prestations offertes par ma caisse maladie.
Je dus restreindre mes visites aux thermes.

Printemps 2004, terrible rechute. Envies de suicide que je réprimais de toutes mes forces. Je fis un rêve. Je regardais par la fenêtre de ma cuisine et contemplais un chemin rocailleux. Quand un escalier d’un blanc immaculé et d’une intense luminosité apparut. Comme par magie. A côté de celui-ci surgit une dame vêtue d’un grand manteau avec capuchon, du même blanc lumineux et d’une robe tissée de deux bleus superbes et profonds. Des couleurs comme jamais auparavant je n’avais vues. Elle avait un visage splendide et serein. Et me regardait avec un amour infini. J’étais envoûtée. Aucun spectacle, le plus beau fût-il, n’égalera jamais cette vision.

Je compris le message de La Dame Blanche.
Ce pouvoir divin m’accompagnerait désormais partout. Ensuite tout disparut. Ce rêve féerique me soutint dans cette nouvelle période très difficile. Je continue de puiser mon énergie dans la force de ce rêve étrange et si beau.

Dans les pires moments de ma vie, j’ai souvent craint de devenir folle. Compte tenu de mon incapacité à travailler, ma psychiatre m’a envoyée chez un psychologue pour qu’il diagnostique mon cas.
Je suis allée consulter ce spécialiste à qui j’ai confié mes craintes. Il a reconnu qu’il était possible que je sombre dans la démence en raison de la gravité de mon état. Je lui ai demandé ce qu’il fallait faire pour ne pas en arriver à ce point de non-retour.
Ce spécialiste me conseilla d’apprivoiser, petit à petit, tous les fantômes qui hantaient ma vie et qui me terrorisaient. Il ajouta que c’était très facile à dire, mais extrêmement difficile à appliquer, car c’était une lutte de tous les jours et que la vigilance ne devait jamais baisser. Je suis bien placée pour confirmer qu’il a bel et bien raison.

Arriverais-je, un jour, à cohabiter harmonieusement avec mon passé et à accepter que ce chemin de croix fasse partie intégrante de ma vie ? Trouverais-je enfin un semblant de paix et de sécurité en l’avenir ?
Vivre au jour le jour, avec les bons et mauvais moments ?

Brigitha

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :