MA PSEUDO-LIBERTÉ

MA PSEUDO-LIBERTÉ

Le 8 février, nous célébrâmes nos noces. La veille du mariage civil, mon homme m’emmena dans ma belle-famille. J’y découvrais l’univers totalement différent de l’agriculture et de la paysannerie. Pour ma belle-mère, qui avait consacré sa vie à la terre et à ses enfants, rien d’autre n’importait. Tout était superficiel et inutile : « Un univers d’orgueil et de vanité » disait-elle.

Le jour de la cérémonie religieuse, j’agis comme une marionnette. Tout me parut tellement irréel. Je craignis d’avoir forcé la main de mon jeune mari, de l’avoir empêché de vivre pleinement sa jeunesse en l’engageant trop tôt dans les responsabilités de la vie de famille.

Et l’immense bonheur que j’attendais ?

Pour ce jour inoubliable, me faire la plus belle aurait dû me procurer un plaisir sans pareil. Je ne ressentis qu’un profond désarroi. Témoin de mes hésitations, ma mère m’envoya sèchement me préparer avec la menace de me chasser définitivement de chez elle si je « lui faisais encore ça en plus de tout le reste ». Je montai m’apprêter en toute hâte. Etrangement indifférente. Mon grand-père offrit à mon mari de l’argent pour notre mariage sans manquer de le mettre en garde : « Fais attention, elle sort avec le camion ce que tu rentres avec la charrette ». Tous les cadeaux sous forme pécuniaire furent offerts à mon mari.

Nous nous installâmes dans un appartement à Chippis. Mon mari dénicha du travail dans la région. Comme nous n’avions que peu de moyens, je postulai pour une place de secrétaire à l’usine. Mais lors de l’examen médical obligatoire, le médecin estima que mes séjours en sanatorium m’avaient rendue vulnérable. Et travailler dans un endroit pollué s’avérerait préjudiciable.

Nous vivions avec un modeste salaire. Le manque d’argent créa rapidement quelques problèmes. Sans économies, nous fûmes contraints d’emprunter l’argent pour nous meubler.

La difficulté de la langue limita le dialogue entre nous et compliqua les échanges avec sa famille. Et, par-dessus tout, ce que j’offrais à mon mari sur le plan sexuel était loin de le satisfaire. Il l’exprima fréquemment. Je réalisais, horrifiée, que j’avais quitté une prison pour une autre.

Mon mari, très attaché à sa mère, partait souvent l’aider à la vigne et à la campagne où elle travaillait dur. Je n’étais pas la bru rêvée. Ils auraient vraisemblablement préféré une paysanne proche de leurs convictions. Pourtant je les assistais avec cœur dans presque tous les travaux de la campagne.

Les cauchemars recommencèrent. Le plus éprouvant me faisait vivre encore et encore le traumatisme d’être étouffée à l’aide d’un coussin. Je me sentais devenir folle. Le médecin me prescrivit des tranquillisants et des cachets contre l’anémie.

Au mois de juillet, je fus prise de vertiges et de malaises, je vomissais tous les matins. J’informai le médecin de ma probable grossesse. Convaincu à nonante-neuf pour cent de ma stérilité, il effectua le contrôle de routine sans y croire. Mais j’étais bel et bien enceinte !

Ma grossesse fut très éprouvante. Je développai une allergie aux antibiotiques qui m’étaient prescrits. Pendant l’été, une crise d’appendicite m’envoya à la clinique. On différa l’opération après l’accouchement. J’ai aujourd’hui encore mon appendice… L’insuffisance rénale aggrava ma prise de poids malgré un régime strict et sain.

Automne 1969, mon mari choisit une nouvelle orientation professionnelle. Heureux, il débuta sa formation en janvier 1970. Le contrat exigeait qu’il habitât à proximité de son lieu de travail. C’est ainsi que nous déménageâmes à Châteauneuf.

Brigitha

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