LE DÉBUT DES CAUCHEMARS

LE DÉBUT DES CAUCHEMARS

Fin du printemps 1954, je n’avais alors que six ans et quelques mois, je me rendis chez une camarade de classe qui habitait près de chez moi.

Celle-ci était absente, seul son père se trouvait à la maison. C’est alors que l’inimaginable se produisit : il profita ignominieusement de la situation et abusa de moi. Terrorisée, je ne pus rien dire à personne, car je ne savais pas ce qui m’arrivait vraiment. Pour mon malheur, j’y retournai. Mais, méfiante, j’appelai mon amie de l’extérieur. C’est son père qui sortit alors de la maison. Il me prit rudement par le bras et une fois encore je dus subir ses gestes abjects.

La terreur, la souffrance et l’incompréhension me firent perdre conscience. La seule chose dont je me souviens est que je suis remontée chez moi, misérable petite chose aveuglée par les larmes, ma culotte et mon entrejambe recouverts de sang et de souillures. Arrivée à la maison dans cet état pitoyable, ma mère me demanda ce qui s’était passé. J’expliquai avec une détresse infinie que le père de mon amie m’avait fait du mal, en lui montrant l’endroit précis et les souillures. Elle me dit sèchement : « Ce n’est pas grave, va te laver et te changer ».

Quelques semaines après ces sombres évènements, ma petite camarde et moi jouions à cache-cache dans la cour de sa maison en compagnie d’autres enfants. Tout à coup, la porte de l’écurie s’ouvrit et une main me tira brutalement à l’intérieur. Derrière une cloison, l’homme me jeta à terre et me viola. Sauvagement.

C’était lui.

Quelques jours après ce terrible drame, en descendant de ma chambre située au deuxième étage pour me rendre à la cuisine, j’entendis ma mère parler à voix basse à un homme. Je me suis alors penchée pour voir qui se trouvait là et c’est avec consternation que je réalisai qu’il s’agissait du père de mon amie.

Je garde le souvenir très net d’avoir observé une transaction entre eux, concernant sans aucun doute « l’incident » dont j’avais été la victime. Une peur effroyable m’envahit alors et je repartis sans bruit pour me cacher dans ma chambre.

Brigitha

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2 Réponses to “LE DÉBUT DES CAUCHEMARS”

  1. Chère Brigitha, j’avais justement ressorti ton livre pour me remémorer les étapes de ton existence. Ainsi que tu le sais, j’ai subi mes premières agressions sexuelles à l’âge de huit ans. Mes sentiments, à la relecture de ta biographie, ne sont pas des sentiments de pitié que je n’ai accepté de personne, mais des sentiments de solidarité et de compréhension face aux cruelles injustices que ces méchantes personnes t’ont fait subir et la vie qu’ils t’ont réservée. Tu as trouvé le courage de survivre et le courage de faire face et de témoigner, quand tout était contre toi. Ta parole a été salie mais tu as persévéré dans la dénonciation, au milieu des peurs et des craintes pour les souffrances qu’ils pouvaient ajouter à ton martyr. Je te félicite et je te soutiens de tout mon cœur. Tu sais que je serai et resterai ton ami pour toute la vie. Je t’adresse toute mon affection et ma profonde estime. Ensemble, nous vaincrons : un jour, les agressions sexuelles contre les enfants n’existeront plus. C’est le combat de notre siècle et nous sommes fiers d’y participer. Victor Khagan.

  2. Mon cher amie Victor,
    Un infini merci, je suis émue aux larmes. D’autant plus que je sais que tu as souffert comme moi, certainement même plus encore. Je suis honoré d’avoir un ami comme toi. Tu consacre ta vie pour aider d’innombrables victimes avec une grande sagesse.
    Tu as le don de les aider avec une immense délicatesse. Tu es auteur de plusieurs ouvrages, j’aime beaucoup ce poème dans un de tes livres : Tangakamanu : Comme un aveugle voyage
    Dans le tunnel du destin

    Et déséspère d’une fenêtre
    S’ouvrant sur la lumière

    Je vois les nuages de la haine
    Se déchirer brusquement

    Comme la mer qui se retire
    Sur un bonheur infini

    Que je confondais souvent
    Avec la science obscure

    De cet autre infini

    Qui naissait de si loin
    Dans l’enfer de notre enfance…

    Lien : http://victorkhagan.over-blog.com/5-index.html
    Oui, ensemble, nous vaincrons : un jour, les agressions sexuelles contre les enfants n’existeront plus. C’est le combat de notre siècle et nous sommes fiers d’y participer. De tout cœur merci à mon grand ami pour la vie et je suis fière de l’être.

    Brigitha Balet

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